Syndrome de l’imposteur : quand diplômes et réussite ne suffisent pas !

par | 14 Déc, 2023 | Coaching

Les avocats sont souvent perçus comme des experts déterminés à défendre la justice avec une grande assurance. Cependant, derrière cette façade se cache parfois le « Syndrome de l’Imposteur », une réalité méconnue mais présente chez les avocat(e)s.

Le syndrome de l’imposteur peut se définir comme « une condition psychologique où une personne doute constamment de ses compétences, de sa réussite et a le sentiment qu’elle ne mérite pas son statut ou ses réalisations ».

Ce phénomène, certes assez répandu, touche particulièrement les avocat(e)s. Nous en sommes le témoin presque quotidien dans nos accompagnements et nos bilans de compétences d’avocat(e)s.

Je suis toujours surprise par les propos tenus par ces avocat(e)s, jeunes ou moins jeunes, ayant pourtant une réelle expertise : « J’ai gagné cette affaire mais j’ai eu de la chance, le magistrat était très indulgent ou encore« je n’ai pas de mérite, le dossier était facile ».

La tendance des victimes de ce syndrome de l’imposteur consiste à minimiser leurs réalisations, attribuant leur succès à la chance ou à des circonstances extérieures plutôt qu’à leurs compétences. Elles ont d’ailleurs tellement de doutes sur leurs propres compétences qu’elles s’auto-sabotent en permanence, s’interdisant opportunités et succès et développant un sens aigu de la procrastination : « J’ai peur de ne pas être à la hauteur, je ne peux pas prendre ce dossier ».

Ce syndrome de l’imposteur remonte souvent au regard porté sur les études de droit : « Les études de droit, ce n’est pas difficile, il suffit de travailler, il n’y a pas besoin d’être très intelligent, ni avoir de mérite particulier ».

La comparaison aux autres, ce qui a pour effet d’amplifier leur sentiment d’infériorité : « Il y a bien meilleur que moi, je suis très médiocre comme avocate » ou encore « Je ne me sens pas à ma place et j’ai la conviction que d’autres personnes mériteraient davantage ma situation et feraient beaucoup mieux que ce que je fais ».

Ce qui est caractéristique aussi de ce syndrome est la « peur d’être démasqués » par les autres qui se rendraient compte de leur incompétence. 
Les personnes atteintes du syndrome de l’imposteur craignent souvent d’être démasquées comme imposteurs et cela se traduit souvent par une réelle peur d’être rejetées : « Je ne peux pas demander de l’aide sinon on va tout de suite se rendre compte que je suis nulle ».

Pour compenser ce syndrome de l’imposteur, les avocats(e)s ont tendance à se surinvestir dans leur travail, souvent au-delà de leurs limites, pour tenter de camoufler leurs doutes.

Bien que l’on puisse objectivement et rationnellement constater que les avocats ont surmonté des études de droit longues et sélectives, réussi le concours d’entrée au CRFPA et pratiquent au quotidien une profession très exigeante depuis plusieurs années, le syndrome de l’imposteur les empêche de se reconnaître les mérites d’un parcours pourtant très valorisé par le commun des mortels.

C’est ce décalage entre le ressenti des avocats victimes de ce syndrome et le regard que porte la société sur le métier d’avocat qui interpelle et qui mérite d’ailleurs d’être interpellé. La première question qui se pose est de déterminer l’origine ou les origines de cette autodépréciation permanente ?

Plusieurs facteurs peuvent être à la source de ce syndrome. Le premier est un point commun aux personnes que nous accompagnons : la tendance marquée au perfectionnisme. Ces personnes mettent, en effet, la barre tellement haut qu’elles ont, de fait, du mal à l’atteindre et s’épuisent inutilement.
Le poids du système éducatif français, longtemps axé exclusivement sur la performance à travers les notes plutôt que sur l’apprentissage, constitue incontestablement un des ingrédients alimentant le syndrome de l’imposteur et conduisant au besoin de perfectionnisme décrit ci-avant.

Les injonctions parentales peuvent également fortement ancrer un manque de confiance et d’estime de soi. Lorsqu’on a entendu toute son enfance des phrases du type « Tu aurais pu mieux faire ! » ou « Ne me déçois pas ! », cela met une grosse pression dont il est très difficile de se départir une fois devenu adulte : l’enfant qui sommeille en nous continuera à vouloir répondre à cette attente aussi irréaliste que maladroite des parents ! Une des personnes accompagnées expliquait ainsi que, lorsqu’il faisait de la compétition de judo enfant, son père lui répétait à l’infini : « soit t’es sur le podium, soit t’es nul ! ». Enfin, de façon plus générale, la pression sociale et professionnelle peut renforcer ce sentiment d’imposture ou de déficit de légitimité.

Par ailleurs, chacune ou chacun peut avoir vécu des expériences traumatisantes ou des échecs passés, avec pour effet d’alimenter des doutes sur ses propres compétences. Une avocate confiait ainsi n’avoir jamais « digéré » une note de 1/20 à son premier partiel de droit en première année, plus de vingt ans auparavant ! Elle avait vécu cette note comme un échec doublé d’une humiliation. Bien des années après, pourtant avocate dans un cabinet d’affaires de renom depuis de nombreuses années, cette expérience traumatisante était toujours vive et avait renforcé une croyance limitante dans le fait qu’elle était « nulle ou en tout cas médiocre ».

La bonne nouvelle, c’est que l’on peut surmonter ce syndrome, le « dompter » en quelque sorte grâce au coaching. Le regard confrontant du coach sur le décalage de perception de la réalité entre la personne et « les autres » conduit à re-considérer cette réalité sous un autre angle. L’idée est d’accompagner la personne pour qu’elle prenne conscience de ce décalage de perceptions et s’approprie un nouveau regard sur elle-même, ses compétences, ses qualités et ses réalisations.

Pour parvenir à apprivoiser ce syndrome, le coach invite notamment à :

  • accueillir ce syndrome, ses manifestations et à prendre conscience de la souffrance que cela génère
  • partager doutes et questionnements avec d’autres afin d’en atténuer l’intensité et de relativiser 
  • apprendre à identifier et à exprimer les émotions 
  • accepter que la perfection n’existe pas et que l’échec est, en fait, une opportunité d’apprentissage 
  • se fixer des objectifs réalistes, réalisables et progresser pas à pas.

Le coaching permet aux personnes qui souffrent de ce syndrome de les aider à comprendre ce qui se joue en eux et à reprendre le contrôle de cette croyance limitante qu’elles se sont se créées et qu’elles auto-alimentent inconsciemment.

On se raconte tous des petites histoires auxquelles on croit fortement. 
On peut aussi changer l’histoire 🙂

Séverine Charbonnel

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